« C’est presque dès le berceau qu’on nous dote de paroles pesantes, de valeurs pesantes appelées bien et mal, car tel est le nom de ce patrimoine. Au prix de ces valeurs là, on nous pardonne de vivre. Quant à nous, nous traînons consciencieusement ce dont on nous a chargés, sur nos rudes épaules, par-delà de rudes montagnes. Et quand nous ruisselons de sueur, on nous dit « Oui la vie est lourde à porter ». Mais c’est l’homme seulement qui a peine à se porter lui-même. Parce qu’il traîne sur ses épaules trop de choses hétéroclites. Pareil au chameau il s’agenouille pour se bien faire charger. Surtout l’homme vigoureux, endurant, pénétré de respect, il charge sur ses épaules trop de lourdes paroles, de lourdes valeurs qui lui sont étrangères et la vie lui semble alors un désert. »

NietszcheL’Esprit de Pesanteur (Z. III, 11)

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