Patdjak
La conso me consume. Il est loin, le temps des fous rires et des fringales. Le temps de le perdre, de se perdre, adolescent anesthésié. La drogue et moi, ça a été un coup de foudre, une révélation. C‘était l’oasis où fuir la barbarie ambiante, un refuge où se foutre de tout, à grand renfort de solvants et de cannabis. L’eau du puits était saumâtre, empoisonnée, mais à 15 ans, je trainais un spleen qui me tenait éloigné des sources d’eau douce. Mon seul désir était de m’anéantir, et je m’y employais avec constance. Je me sabordais avec délectation, ayant depuis longtemps abdiqué toute velléité de participation à l’humaine kermesse. J’ai été inscrit dans quatorze établissements scolaires entre la 6ème et la terminale.
La fiesta à très vite pris fin, mais a-t-elle seulement eut lieu… ? L’obsession et la compulsion ont tout de suite mené le bal, et je suis devenu esclave des produits. J’étais un « bec à tout grain », prenais tout ce qui passait à ma portée. Je me jetais sur des substances dont je ne connaissais pas l’effet, avec leur cortège d’angoisse et de descentes en vrille. J’étais suffisamment fou ou plutôt, malheureux, pour prendre du LSD, faire des bad trip et…remettre ça ! À 18 ans, perché sous acide sur un nuage que je ne voulais pas quitter, j’ai gobé trois buvards supplémentaires et suis redescendu… trois mois plus tard, par la grâce du Moditen fort. C’est ainsi que j’ai entamé un long périple en psychiatrie. Quelques mois plus tard, pensionnaire d’une institution de soins où je m’ennuyais ferme dans des groupes de paroles qui m’apparaissaient être la succursale de l’église du coin, l’alcool est entré dans ma vie. Je l’ai accueilli à bras ouvert, sans mesure.
« L’alcool tue lentement. Ca tombe bien, on n’est pas pressés ! » dit-on. J’ai connu une période rose, mais après quelques années a débuté la série noire : boire, dégueuler, reboire, tomber et aller ainsi, de cuites en pituite, jusqu’à la cirrhose. Accro à ce mirage des verres qui s’entrechoquent, encore et encore, à corps perdu, dans l’antre des bistros mais le plus souvent, seul et partout. J’ai menti, volé, juré craché et me suis crashé. » Et glou et glou et glou ! » C’est fascinant de se détruire un peu plus chaque jour, chaque nuit, d’être le vivant drapeau de l’incurie de ses parents, de l’absurdité de la vie. Il m’a fallu plus de vingt ans pour devenir sobre, et je suis toujours aux prises avec le démon cannabis. Une drogue insidieuse, dite douce, de cette douceur qui caractérise le chant des sirènes ou celui de la Lorelei. Sur mon esquif, je vais au hasard, et mes dernières consommations ont été massives, solitaires, suivant toujours, toujours ! le même triste scénario : shit, télé, shit, sucreries, shit, branlette, shit ! Shit ! Shit ! Dodo… Il est loin, le temps des fous rires et des fringales.